Semaine 2

Activité 2

Concepts de conscience et d’inconscience dans les IHM

Sommaire

Les concepts de conscient et d’inconscient sont essentiels à la bonne compréhension des mécanismes et des propriétés humaines. Les termes conscience et inconscience sont souvent l’objet de multiples débats émanant de la difficulté de les définir clairement. Pour nos besoins, nous utiliserons une définition qui se rapproche davantage de la définition de conscience cognitive. En fait, la définition exacte nous importe peu. Ce qui est important pour nous, c’est de comprendre les différences entre les états de conscience et d’inconscience et les répercussions de ces deux états.

Conscience [1]

La conscience représente ce qu’on a à l’esprit à un moment donné. L’inconscience pourrait se définir comme étant le complément de la conscience (tout ce qu’on n’a pas à l’esprit). Il existe aussi un grand débat philosophique sur la frontière entre l’inconscience et la conscience.

Comment les éléments passent-ils d’un état à un autre (p. ex., lorsque j’ai un mot sur le bout de la langue). Ce débat n’est pas intéressant pour nous. Nous nous attarderons plutôt aux répercussions et propriétés de ces deux états.

Inconscience [1]

Il est intéressant de remarquer que, par définition, il est impossible d’avoir conscience d’un processus inconscient. De plus, plusieurs situations peuvent amener la migration d’informations de l’inconscient vers le conscient. Par exemple, le bruit de néons d’une salle de classe peut demeurer inconscient jusqu’au moment où ils sont éteints et n’émettent plus de bruit. Avant la lecture de cette phrase, ce bruit était inconscient. Vous en êtes maintenant conscient puisque vous vous êtes probablement arrêté pour le remarquer. Vous avez dirigé votre attention vers ce bruit à la suite d’un événement.

De plus, si je vous demande de me raconter une histoire de voyage, l’information passera de l’inconscient vers le conscient, mais cette fois, de votre propre gré. Par ailleurs, il est intéressant de remarquer qu’il est impossible de faire passer un élément du conscient vers l’inconscient de façon volontaire. Ce mécanisme se produit automatiquement en raison de la taille limitée de la conscience. Il est donc clair que plusieurs événements peuvent engendrer la migration de l’information,  du conscient vers l’inconscient, ou vice-versa. Le tableau 2.1 présente les différentes caractéristiques de la conscience et de l’inconscience.

Tableau 1 Propriété de la conscience et de l’inconscience

Propriété

Conscience

Inconscience

Engendré par

Nouveauté

Danger

Urgence

Événements attendus

Sécurité

Répétiion

Utilisé dans

Situations nouvelles

Routine

Exécute

Décisions

Tâches non décisionnelles

Opère sur

Propositions logiques

Logique ou inconsistance

Contrôle

Volonté

Habitudes

Capacité

Minimale

Énorme

Durée

Courte

À vie

 La mémoire [1]

Afin de mieux concevoir des interfaces qui tiennent compte des caractéristiques humaines, il importe de connaître le modèle et les différentes propriétés de notre mémoire. Le tableau 2.3 offre une vue d’ensemble des catégories de mémoire et de leurs caractéristiques.

Tableau 2 Propriété de la mémoire

Propriété

Mémoire perceptuelle

Mémoire court terme

Mémoire long terme

Durée

Très courte

 

Vue : 200 ms (90-100 ms)

 

Ouïe : 1500 ms (900 – 3500 ms)

Limitée : 10-20 s

Plus ou moins infini… voyage vers l’inconscient

Capacité

Infinie

Très petite (p. ex., pas plus de 5 à 7 chiffres)

Plus ou moins infini

Notes

Avec le temps, les mémoires deviennent plus une sensation qu’une perception

Dure encore moins longtemps si un stimulus détourne l’attention

La répétition engendre la formation d’habitudes qui sont tirées de la mémoire long terme

Nous allons détailler ces différentes mémoires :

  • La mémoire perceptuelle (ou sensorielle) conserve fidèlement mais très brièvement l’information apportée par les sens. Sa durée est si courte (de l’ordre de quelques centaines de millisecondes à une ou deux secondes) qu’elle est souvent considérée comme faisant partie du processus de perception. Elle constitue tout de même un passage obligé pour le stockage dans la mémoire à court terme.
  • La mémoire à court terme enregistre temporairement les événements du présent qui s’enchaînent dans nos vies. C’est un visage croisé dans la rue ou un numéro de téléphone entendu qui se dissipera rapidement à tout jamais si on ne fait pas un effort conscient pour s’en rappeler. La mémoire à court terme se conserve facilement et est hautement volatile. Sa capacité de stockage est limitée à environ 7+/- 2 éléments, et elle ne dure que quelques dizaines de secondes (Miller, 1956). Sa capacité de stockage peut aller jusqu’à de 10- à 12  éléments avec la répétition. La mémoire à court terme correspond au stade de rétention avant la mémoire à long terme.
  • La mémoire à long terme sert non seulement à emmagasiner tous les événements significatifs qui jalonnent notre existence (= mémoire du passé), mais aussi à retenir le sens des mots et les habiletés manuelles apprises. Sa capacité semble illimitée (environ 100 millions d’éléments et elle peut durer des jours, des mois, des années, voire toute une vie! Toutefois, elle est loin d’être infaillible, déforme parfois les faits et sa fiabilité tend à décroître avec l’âge. Il faut du  temps et de l’effort pour stocker les informations et les récupérer, comme vous pouvez le voir sur la figure ci-dessous.

 

La différence entre les images et les mots

Les images et les mots sont stockés dans des « aires » différentes de la mémoire.

Pour un objet, les codes mémoires d’images peuvent s’associer à des codes mémoires du même objet (dual coding).  Paivio’s (1971)  « Dual-coding theory ».

Les images sont plus susceptibles de bénéficier d’un double codage que les mots.

La tendance veut qu’on mémorise mieux les images que les mots. Plusieurs études empiriques le confirment.

Les répercussions pour la conception

La reconnaissance est plus efficace que le rappel. Il faut placer les connaissances dans le monde (c’est-à-dire dans l’interface). Les interfaces graphiques s’opposent aux interfaces en lignes de commande. Les images sont mieux mémorisées que les mots. Il faut fournir des représentations visuelles et textuelles (« dual coding ») et introduire la notion voulant que le « logiciel » devrait anticiper les erreurs.

La reconnaissance par rapport au rappel :

Voici un résultat marquant de la recherche en psychologie sur la mémoire. L’utilisation des interfaces graphiques met beaucoup d’importance sur la reconnaissance.

  • Les menus en contraste : langage de commande
  • Les icônes

 

Les habitudes [1]

Nous voyons, d’après les caractéristiques de la mémoire, que la répétition d’actions fait entrer l’information dans la mémoire à long terme et dans l’inconscient. Ainsi se forment les habitudes. Il n’est alors pas nécessaire d’amener un objet ou une action de l’inconscient vers le conscient pour l’exécuter. Pensons simplement aux pédales pour conduire une automobile. Le geste nécessaire pour accélérer et décélérer ne doit pas devenir conscient et être notre centre d’attention pour s’exécuter. C’est le parallélisme de l’inconscience. Effectivement, les habitudes sont très pratiques, car elles permettent d’exécuter plusieurs actions en parallèle. Évidemment, on ne peut forcer la formation d’habitudes. Seule la répétition permet de créer les habitudes. Par contre, il est très difficile de briser ces habitudes. Un exemple : il suffirait d’inverser l’ordre des pédales d’une voiture pour qu’un accident ait lieu dans les minutes qui suivent l’inversion.

Lorsqu’une habitude doit être brisée, des indications claires et évidentes doivent être mises en place. Or, malgré les meilleures précautions, des accidents peuvent toujours survenir à la suite de la formation d’habitudes (p. ex., le changement d’interface de windows 8).

Ces propriétés ont une incidence considérable au moment de la conception d’interfaces. Une interface peut libérer l’attention de l’usager pendant qu’il effectue certaines tâches si elle lui permet de se former des habitudes. La pire chose à faire pour la formation d’habitudes est d’avoir plusieurs façons d’exécuter la même action. Comme les habitudes s’acquièrent grâce à la répétition, le fait de permettre l’utilisation de plusieurs chemins pour l’exécution d’une fonction diminue la possibilité de formation d’habitudes.

Évidemment, si l’action à exécuter requiert une suite trop longue d’actions, les habitudes se formeront encore plus difficilement.

En tant que concepteur, on doit :

  • tirer parti de la facilité de formation des habitudes;
  • permettre à l’usager d’acquérir des habitudes;
  • dans certains cas, briser l’attention de l’utilisateur (l’habitude);
  • demander une raison pour l’action;
  • changer le dialogue (moyen rarement efficace);
  • (moyen le plus efficace) : rendre les actions annulables (undo).

Étude de cas

Exemple du changement d’interface entre Windows 7 et Windows 8.

La nouvelle interface remplace le traditionnel menu « Démarrer » auquel les utilisateurs étaient habitués depuis 17 ans. Windows 8 engendre une cassure dans les habitudes et les processus inconscients des usagers. Microsoft essaye d’atténuer cela à l’aide de nombreux gestes et raccourcis pour permettre aux utilisateurs de gagner du temps.

win7win8

winHome

Autre étude d’interface.

Celle-ci affiche les informations utiles et pertinentes. L’information et les éléments de l’interface sont présentés de manière esthétique. Une interface désorganisée et à l’aspect encombré ne comportant que quelques éléments peut être aussi perturbante qu’une interface organisée comportant un trop grand nombre d’informations. Cette interface respecte les codes de la mémoire à court terme avec une liste d’éléments succincte, placée en haut de façon linéaire.

Le site permet à l’utilisateur de se concentrer sur le travail qu’il est en train d’effectuer. Il n’y a pas de parasites sur la page qui dérangent l’utilisateur dans son action.

Le site limite l’usage de la mémoire humaine. Il faut que les séquences de tâches soient courtes et linéaires pour rendre les actions intuitives et pour que l’utilisateur n’ait jamais à se souvenir d’un long mode opératoire.

skype

Quelques bonnes pratiques de conception basées sur les propriétés de la mémoire:

  • Pour les données numériques : ne pas faire saisir les zéros à droite; reformater automatiquement les numéros de téléphone.
  • S’il y a des codes complexes, ou nombreux :
    • utiliser des moyens mnémotechniques, des abréviations;
    • utiliser la saisie prédictive, les listes déroulantes.
  • Favoriser la saisie de données courtes.
  • Pour les données avec unité de mesure : mettre l’unité à part, sélectionner l’unité par défaut la plus fréquente (si possible) et raisonnable.
  • Faire  une liste d’éléments courte (7 + ou – 2, cf. empan mnésique, nombre magique de Miller).
  • Mettre le libellé d’un lien, concis (mais significatif).
  • Minimiser le nombre d’étapes dans la sélection de menus.
  • Ne pas demander aux utilisateurs d’entrer des données qui peuvent être déduites par l’ordinateur.
    • P. ex., saisie prédictive, par exemple dans Excel.
  • Pour la saisie de données, afficher les valeurs par défaut dans les champs appropriés.
  • Pour des documents contenant plusieurs pages, permettre à l’utilisateur d’atteindre directement une page donnée.
  • Pour un site internet : minimiser le défilement des pages, le supprimer si possible sur la page d’accueil; faire en sorte que chaque page du site ait un lien direct pour retourner à l’accueil.

 

Bibliographie :

  1. Bouchard, F. (2007) IFT515 – Interfaces et multimédia – notes de cours, Sherbrooke (Québec).